Particules ultrafines à l’aéroport de Bordeaux-Mérignac : ce que révèle la campagne de mesure d’Atmo

Les particules ultrafines n’ont toujours pas de valeur limite réglementaire, mais elles s’invitent de plus en plus dans les campagnes de mesure. Dernier exemple en date : Bordeaux Aéroport et Atmo Nouvelle-Aquitaine ont publié le 2 novembre les résultats d’une étude exploratoire menée sur la plateforme de Mérignac. Le constat est net : près de la piste principale, le nombre de particules est plus de deux fois et demie plus élevé que dans des quartiers de fond urbain, et les pics coïncident avec les mouvements d’avions.

Une station mobile à 400 mètres du seuil de piste #

Selon le communiqué d’Atmo Nouvelle-Aquitaine, la campagne s’est déroulée du 29 août au 3 novembre 2025. Une station mobile a été installée à l’intérieur de l’emprise aéroportuaire, à environ 400 mètres du seuil 23 de la piste préférentielle 05/23, orientée nord-est/sud-ouest.

Deux familles de mesures ont tourné en continu. D’un côté, un compteur à noyaux de condensation a dénombré les particules dont le diamètre est compris entre 10 nanomètres et 1 micromètre, c’est-à-dire les particules fines et ultrafines. De l’autre, les particules PM10 et PM2,5 ont été suivies selon la méthode normalisée, celle qui sert à vérifier le respect des valeurs réglementaires.

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Pourquoi compter plutôt que peser

La distinction est essentielle pour qui s’intéresse à la métrologie de l’air. Les PM10 et PM2,5 s’expriment en microgrammes par mètre cube : c’est une masse. Les particules ultrafines, de diamètre inférieur à 100 nanomètres, pèsent presque rien individuellement ; elles se mesurent donc en nombre de particules par centimètre cube. Une source peut ainsi émettre énormément de particules sans faire bouger les indicateurs de masse. C’est précisément ce que montre l’étude bordelaise.

Les résultats : deux indicateurs, deux lectures #

Sur le site de l’aéroport, le nombre moyen de particules atteint 18 553 particules par centimètre cube, contre 6 962 à Talence et 6 910 à Poitiers-Augouard, deux stations de fond urbain retenues comme points de comparaison. Atmo précise que ces niveaux se situent dans la fourchette observée lors d’autres études menées sous influence aéroportuaire en France.

Côté polluants réglementés, le tableau est différent. Les concentrations moyennes sont de 16,7 µg/m³ pour les PM10 et de 7,0 µg/m³ pour les PM2,5, comparables à celles des stations urbaines de l’agglomération, notamment celles exposées au trafic routier. Sur ces indicateurs, l’association estime que l’influence des activités urbaines, trafic routier et chauffage résidentiel en tête, reste prépondérante.

Le vent fait la différence

Le lien avec le trafic aérien n’est pas mécanique. Les pics de particules apparaissent lors des décollages et atterrissages sur la piste 23 quand le vent souffle de l’ouest ou du sud-ouest, donc de la piste vers le point de mesure. Lorsque le vent vient du nord, ou qu’aucun avion n’utilise cette piste, aucune hausse forte n’est relevée. Tous les mouvements ne provoquent pas non plus d’augmentation : la stabilité de l’atmosphère et les autres sources urbaines jouent aussi.

Les limites assumées de l’étude #

Atmo Nouvelle-Aquitaine insiste sur le caractère exploratoire du travail. Il s’agit d’un seul site, mesuré pendant environ deux mois : les conclusions valent pour cette période et ne peuvent être étendues ni à l’année entière, ni à l’extérieur de la plateforme. En l’absence de valeur réglementaire pour les particules ultrafines, les résultats sont présentés à titre informatif. L’association invite aussi à la prudence sur les comparaisons entre aéroports, les méthodes et les périodes de mesure pouvant varier.

Le communiqué rappelle que plusieurs études de qualité de l’air ont été conduites autour de l’aéroport bordelais depuis le début des années 2000, la précédente en 2021. Celle-ci est la première consacrée aux particules ultrafines sur la plateforme. Les données détaillées sont disponibles sur la page de publication des mesures.

Ce que cela dit de la surveillance des polluants émergents #

Le dossier bordelais illustre un mouvement plus large. Les particules ultrafines sont de plus en plus considérées comme un enjeu sanitaire, en particulier près des aéroports, comme le rappelle Atmo en citant les travaux de l’ACNUSA, de l’Anses et d’Airparif. Ce dernier a d’ailleurs publié une étude de mesure autour de Paris-Charles-de-Gaulle.

Pour les exploitants d’installations industrielles ou de transport, la leçon est méthodologique. Un suivi limité aux PM10 et PM2,5 peut donner une image rassurante alors que le nombre de particules fines et ultrafines grimpe nettement à proximité d’une source. Mesurer en nombre, croiser les données avec la météo locale et avec l’activité de la source permet d’identifier ce qui relève vraiment de l’installation.

Bordeaux Aéroport annonce vouloir élargir son champ d’investigation aux polluants émergents, et l’étude conclut que des campagnes complémentaires, à l’intérieur comme à l’extérieur de la plateforme et sur une durée plus longue, seront nécessaires. Une première base de données existe désormais ; reste à savoir si elle sera prolongée par un suivi pérenne.

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