Odeurs d’hydrocarbures autour de Martigues : comment la pluie a réveillé la pollution des sols industriels

Odeurs d’essence, d’hydrocarbures et de soufre : autour de Martigues, dans les Bouches-du-Rhône, la semaine du 19 octobre 2026 a été marquée par un épisode de nuisances olfactives d’une ampleur inhabituelle. AtmoSud, l’observatoire agréé de la qualité de l’air en région Sud, a recensé près d’une centaine de signalements en quelques jours. Son analyse montre surtout comment la météo peut transformer un fond de pollution industrielle en gêne aiguë pour les riverains.

Une centaine de signalements de Port-de-Bouc à Marignane #

Dans une note publiée le 22 octobre, AtmoSud fait état de près d’une centaine de signalements depuis le début de la semaine, sur un territoire qui va de Port-de-Bouc à Marignane, en passant par Châteauneuf-les-Martigues et la Côte Bleue. Les odeurs décrites sont majoritairement apparentées à de l’essence, des hydrocarbures et du soufre.

Les plaignants se disent très gênés et rapportent surtout des maux de tête, des nausées et des irritations des yeux et du nez. Ces symptômes sont déclarés par les personnes qui signalent ; ils ne constituent pas une mesure.

À lire D’où viennent les oxydes polluants NOx et SOx : explication simple

Le 20 octobre, deux tiers des signalements

La répartition dans le temps est très nette. Les deux tiers des signalements ont été émis le mardi 20 octobre, principalement à Martigues et Châteauneuf-les-Martigues. Dès le lendemain, avec le retour du beau temps, leur nombre a fortement diminué.

La pluie a lessivé des sols chargés d’hydrocarbures #

L’explication avancée par AtmoSud tient en deux mécanismes météorologiques. D’abord, les fortes pluies du 20 octobre ont lessivé des sols qui, dans ces territoires industriels, sont chargés d’hydrocarbures. Ce lessivage a libéré des composés odorants. Ensuite, l’absence de vent pendant l’épisode pluvieux a empêché la dispersion : les polluants et les odeurs se sont accumulés près du sol.

C’est un rappel utile pour les industriels comme pour les collectivités. La pollution d’un site ne se résume pas aux rejets des cheminées au moment présent. Les sols imprégnés par des décennies d’activité pétrochimique constituent un stock qui peut se remobiliser lors d’un événement pluvieux.

Des opérations de maintenance à la raffinerie de La Mède

AtmoSud signale aussi que le 20 octobre, la raffinerie de La Mède indiquait, via le dispositif d’information « Allo Industries », procéder à des opérations de maintenance et de réglage de ses installations en raison des intempéries. L’observatoire ne fait pas de lien de cause à effet direct, mais le mentionne dans le contexte de la journée.

À lire Ce que révèlent vraiment les composés volatils en industrie et leurs risques

Un territoire sous surveillance permanente #

Cet épisode n’est pas isolé. Le pourtour de l’étang de Berre concentre raffineries, pétrochimie et activités portuaires, et AtmoSud y publie régulièrement des alertes.

Le 8 septembre 2026, la station de mesure de Port-de-Bouc La Lèque a relevé à 10 h une moyenne horaire de près de 111 µg/m³ de benzène, selon l’alerte publiée par AtmoSud. Le pic s’est produit par vent de sud-est, une configuration qui place la station et la ville de Port-de-Bouc sous les rejets de la plateforme industrialo-portuaire de Martigues-Lavéra. AtmoSud fixe sa propre valeur de vigilance pour le benzène à 70 µg/m³ en moyenne horaire. Le pic est resté très ponctuel, et l’observatoire précise qu’il s’agit d’une mise en vigilance hors cadre réglementaire.

Un été record d’odeurs autour d’un site de compostage

Dans un autre registre, les communes de Châteauneuf-les-Martigues et d’Ensuès-la-Redonne ont connu un été 2026 exceptionnel. AtmoSud a comptabilisé 2 027 signalements de juillet à septembre aux abords du site de compostage de Biotechna, contre une moyenne de 150 sur la même période en 2023, 2024 et 2025. Septembre à lui seul en a compté 1 250. Là encore, l’observatoire relève le rôle de la météo : fortes chaleurs et vent faible rendent les nuisances plus perceptibles, même si l’intensité de cet été dépasse nettement celle des années précédentes.

Les signalements citoyens, un outil de mesure à part entière #

Pour objectiver les odeurs, qui échappent en grande partie aux stations de mesure classiques, AtmoSud s’appuie sur la plateforme SignalAir. Chaque riverain peut y déclarer une nuisance, sa nature et sa localisation, et consulter en temps réel la carte des signalements.

À lire Comment détecter efficacement le formaldéhyde et solvants dans vos procédés industriels

Ces déclarations sont transmises aux autorités compétentes, notamment la DREAL, la mairie et l’agence régionale de santé. Elles permettent de croiser la gêne ressentie avec les conditions météorologiques et l’activité des sites, comme l’a fait AtmoSud pour l’épisode d’octobre.

Ce que l’épisode apprend aux exploitants #

Pour les sites industriels, la leçon est double. Il faut d’abord anticiper les épisodes météo peu dispersifs, pendant lesquels une même émission sera bien plus ressentie. Il faut ensuite intégrer la gestion des sols et des eaux pluviales dans la maîtrise des odeurs, car un sol pollué peut devenir lui-même une source lors de fortes pluies.

L’information du public compte aussi. Le fait que la raffinerie ait annoncé ses opérations le jour même permet aux riverains et à l’observatoire de comprendre ce qui se passe. AtmoSud indique continuer à suivre la situation autour de Martigues.

Industrie Air est édité de façon indépendante. Soutenez la rédaction en nous ajoutant dans vos favoris sur Google Actualités :

Dans la même rubrique : Polluants

Sofiane Boumedine, consultant SEO · agence web en Seine-et-Marne